Les couteaux de poche en reconstitution historique

Les couteaux de poche des années 1910 à 1960

Nouvel article sur le thème "accessoires", nous abordons aujourd'hui le sujet des couteaux de poche en reconstitution historique. 

le coutela de rahan

Pour ceux d'entre-vous à qui ça parle, on imagine mal Rahan, à la préhistoire donc, sortir son coutela au manche plastique fluo pour couper son steak... Ça piquerait les yeux.

Il en est de même en reconstit, que ce soit pour partager votre saucisson, couper votre pomme ou encore tailler un bâton, un couteau archéocompatible vaudra toujours mieux que votre Tatoo de 2015.

Cherchez l'erreur...
Cherchez l'erreur...

Il serait en effet dommage qu'une photo soit gâchée parce qu’un couteau actuel bien voyant trône sur la table à coté de vous, ou que votre collègue en arrière plan en tienne un dans sa main. Pour éviter cela, vous trouverez-ici des idées quant au choix de votre couteau. Dans la plupart des cas, vous pourrez utiliser le même pour faire du 1914 ou 1962.

les couteaux du "commerce"

Curieusement, bien qu'indispensable à la vie quotidienne du soldat, ni l'armée française, ni l'armée allemande n'avait de couteaux de poche réglementaires destinés aux soldats (nota, les parachutistes disposaient bien d'un couteau "de poche" destiné avant tout a couper les suspentes en cas de problème à l’atterrissage). Les soldats devaient s'équiper par leurs propres moyens.

Voila qui nous facilite les choses, à nous autres reconstitueurs... ainsi vous pouvez vous équiper d'un couteau du "commerce". Les modèles sont excessivement nombreux, aux matières (pour les poignées) et aux formes variées.  

les catalogues anciens

Ci-dessous des extraits de catalogues et autres publicités de la première moitié du XX ème siècle. Ils vous aideront à identifier le couteau que vous trouverez dans le tiroir à couverts de mémé Ginette.

Il est malheureusement très difficile de dater un couteau de poche du "commerce". Les modèles restent foncièrement les mêmes à travers la première moitié du XXème siècle. Au mieux l'absence de decapsuleur peut vous aiguiller vers un couteau du début du siècle (la capsule fut inventée en 1892, il a bien fallu attendre un peu avant qu'elle ne se démocratise) et une lame en acier non inoxydable vers un couteau d'avant les années 60... mais cela reste flou.

Ci-contre, une annonce parue dans un journal allemand (Elektronische Anzeiger) du 29 juin 1899. Couteau de spécialiste avec les plaquettes en corne, ivoire ou nacre, au choix. A noter que même l’électricien allemand à besoin d'un tir bouchon!

Voici la page "couteaux de poche" du catalogue allemand August Stukenbrok (fournisseur de matériel pour vélo et autres) de 1912. 

C'est l'embarras du choix. D'une à trois lames, avec ou sans tire-bouchon, les plaquettes sont en bois, en corne, en nacre, en bois de coco...

Toujours dans le même catalogue de 1912, les couteaux se font plus "adaptés" aux besoins de l'acheteur. Lime à ongle, ciseaux, cure-pipe, tire-cartouches... tout ce dont à besoin l'heureux possesseur.

Le catalogue 1914 de la manufacture de Saint-Etienne présente un très grand nombre de modèle. Il faut dire qu'a cette époque, le couteau de poche fait partie du quotidien. Comme vous le verrez au fil des pages, vous n'avez pas un simple "couteau de poche", mais un couteau "usuel", du "touriste"...

Ci-dessous les couteaux de poches disponibles auprès de la manufacture d'armes de Saint-Etienne pour l'année 1935. Ici aussi, large choix de couteaux "spécialisés" en fonction des besoins du chasseur, du pêcheur, etc...

quelques exemples

Voici des exemples concrets de couteaux anciens. Pour plus de lisibilité, je me base sur les appellations trouvées dans les catalogues de la manufacture de Saint-Etienne.

Les couteaux "suisses"

Ci-dessous 3 couteaux dit "suisse":

Le premier au manche en corne est certainement plus ancien (pas de décapsuleur sur le tournevis). Il mesure 9 cm fermé et est en acier non traité, ce qui le rend sujet à la rouille. La mention "Suisse" ne signifie pas sa provenance, mais plutôt son appellation et est surtout un argument marketing, car sous-entendant "de qualité". On y trouve 2 lames, un poinçon, un ouvre-boîte, un tournevis et un tire-bouchon.

Le second qui mesure 10 cm est en acier inoxydable, un avantage certain par rapport au premier. La aussi manche en corne, 2 lames, tournevis, ouvre-boîte décapsuleur (à noter la forme de l'ouvre-boîte qui est différente, une lame forte légèrement dentelée et un bouton arrêtoir pour éviter de trop s'enfoncer dans la boîte à ouvrir) et tire-bouchon. 

Le troisième est un "grand modèle" au manche en bois (toujours 10 cm). Équipé de 2 lames, tournevis-décapsuleur, ouvre-boîte, tire-bouchon, poinçon, scie et mèche de perçage. Il n'y a aucun marquage sur les lames.

Voici maintenant un "couteau-canif" dit "de dame". Manche en nacre, il est moins long (8cm fermé) et plus léger que les précédents.  2 lames, poinçon, tire-bouchon, tournevis et ouvre-boîte décapsuleur.

Canif dit "ongliers": au manche en ivoire, ce canif de 8 cm présente 2 lames et une lime à ongles. De fabrication allemande, il est en acier inoxydable (Rostfrei).

Canif plat à manche métal: de confection simple, il est entièrement en acier inoxydable et mesure 10 cm. 

Couteau pic-nic: vendu en set complet avec fourchette et cuillère, ce couteau en acier inoxydable de 9 cm est de confection simple et présente l'indispensable tire-bouchon.

Magazine "Vogue", mars 1940
Magazine "Vogue", mars 1940

 

 

Publicité parue dans le magazine Vogue de mars 1940. Suggestions de cadeaux pour hommes de la marque Dunhill.  La "trousse de camping en peau de porc" vaut 300 francs.

les couteaux de "métiers"

Les extraits de catalogue ci-dessus le montrent bien, il existe une multitude de couteaux de poches. Outre les "canifs", il y'a également les couteaux de "métiers", qui dans le fond reste des couteaux de poche...

serpette de poche

Cette serpette de poche mesure 11 cm fermée et est a priori destinée aux personnes du "terroir", paysans, vendangeurs etc... Néanmoins, dans la première moitié du XXème siècle vous aviez statistiquement plus de chance de travailler dans les champs que derrière un bureau! Ce genre de couteau a très bien pu se retrouver dans la poche d'un soldat au front. Très robuste, lame en acier épais, cet exemplaire est de confection allemande.

couteaux spécifiques

Dans la catégorie des couteaux de métiers, il existe des couteaux spécifiques à un domaine. Le couteau suivant, outre sa lame, présente une clef "de Berne" utilisée dans le monde ferroviaire. De l'ordre de l’anecdote,  sa conception simple et sa lame robuste remplissent cependant très bien leurs fonctions.

 

Une autre variante pour les "bricoleurs", l’ancêtre du Leatherman, avec une pince intégrée. Publicité parue dans le magazine "Système D" de janvier 1950.

l'opinel

A t'on vraiment besoin d'en parler? Le couteau Opinel, de fabrication simple et robuste, existe depuis les années 1890. Il a traversé tout le XXème siècle et ses conflits jusqu'à nos jours. Valeur sûre pour vos reconstitutions (a condition bien sûr de prendre le modèle à manche en bois naturel), il faut juste savoir que le système de blocage de la lame a été inventé en 1955.

Ci-dessus des modèles des années 30 et 50 sans "virobloc" et un modèle des années 60 avec "virobloc" et une lame encore sujette à la rouille.

 Pour en savoir plus sur l'histoire de l'Opinel.

les couteaux américains

Le thème des couteaux américains a déjà été maintes fois abordé par différents auteurs et il est relativement aisé de trouver des informations sur le net. De ce fait je vais me contenter ici de vous donner quelques idées pour vos couteaux de reconstit.

 

Parmi les couteaux de poche les plus représentatifs, il y'a le couteau T-29 du set TE-33 (étui CS-34, pince TL-13 et couteau TL-29) en dotation dans les transmissions et chez les sapeurs. Il va de soi que de nombreux petits malins se sont débrouillés pour se les procurer et s'en servir comme couteau de poche. Il se compose d'une lame canif et d'une lame tournevis.

Ci-dessous un exemple de fabrication Camillus, on peut noter la dénomination TL-29 sur la plaquette bois.

Ci-dessous 2 exemples de couteaux issus du marché civil vendus aux soldats. Le premier marqué "Forest Master" est fabriqué par Colonial et dispose d'une lame, d'un poinçon, d'un tournevis décapsuleur, et d'un ouvre-boîte. Le second, fabriqué par PAL présente une lame, un tournevis décapsuleur et un ouvre-boîte.

A noter que les 2 couteaux de poche sont munis de plaquettes en plastique noir.

Pour la reconstitution historique, il existe des copies de couteaux de poche M2 destinés aux parachutistes, vous les trouverez dans les magasins spécialisés. 

Sur le marché de l'occasion, les couteaux TL-29 de fabrication française des années 50 sont une valeur sûre. En effet seuls les marquages les différencient des originaux. Ci-dessous, présenté avec la version française de l'étui en cuir CS-34, le couteau français. C'est le même fabricant FORVAL qui fournit couteau, pince et étui.

Autre alternative, le couteau entièrement en métal. Apparu au cours de la seconde guerre mondial, il a continué a être fabriqué longtemps après la guerre (il l'est toujours d'ailleurs).  En atteste ce modèle daté 1990. La aussi on retrouve une lame, un tournevis décapsuleur, un poinçon, un ouvre-boîte. 

le "jack knife" anglais

Dès la première guerre mondiale l'armée anglaise équipe ses soldats d'un couteau de poche réglementaire, le fameux "Jack Knife". Sa lame robuste, son poinçon (marlin spike), son tournevis et son ouvre-boîte rendent de fiers services au Tommy. Ici un exemplaire daté 1942.

Sur des versions simplifiées le poinçon disparaît, comme c'est le cas sur cet exemplaire daté 1943.

Dès la fin des années 1940, l'armée belge a copié le Jack Knife anglais pour équiper ses soldats. Très proche du modèle original, ces couteaux sont une très bonne alternative pour la reconstitution historique et évitent ainsi d'abîmer des modèles originaux sur le terrain.

trouver son canif

Vous aussi vous voulez vous équiper d'un couteau de poche archéocompatible pour votre prochaine sortie? Y'a plus qu'a chercher!

Comme toujours, le premier fournisseur du reconstitueur est Méme Ginette pardi! Fouillez dans les greniers, les tiroirs, les ateliers et garages, vous y trouverez forcément un couteau de poche oublié la. Sinon, les sites de vente en ligne ou marché aux puces vous permettront sans doute de trouver votre bonheur. Pour ceux qui souhaitent un couteau neuf, allez voir du coté des couteaux Opinel au manche en bois naturel.

Vous n'avez pas trouvé "chaussure à votre pied"? Laissez s'exprimer le "Rahan" qui sommeil en vous et fabriquez vous-même votre coutela!

Ci-contre la marche a suivre pour faire votre propre couteau. Article paru en septembre 1953 dans la revue "Système D".

Gaston Ladalle

Merci à Pierre-Olivier et Flavien pour leurs coups de mains.

Sources:  "Le guide du collectionneur" de H-P. Enjames, US Military knives de M.H. Cole.

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