4 nuits en novembre - Reconstit' US 1944

De 1914 à 1944...
De 1914 à 1944...

 

Il a tout vu le Gaston! Quoique...

 

 

Vingt ans (ouch!) de reconstit’ derrière moi, des fronts variés, du sable aux forêts enneigées… J’ai cru avoir tout vu, tout vécu. Pourtant, à l’aube de la « territoriale », une sortie m’a pris par surprise.

Plus qu’un simple exercice immersif, elle a marqué ma manière d’appréhender les prochaines aventures. Entre effort physique, cohésion de groupe et clins d’œil historiques, cette expérience dans les Vosges restera comme un tournant dans mon parcours de reconstitueur.

 

Une reconstitution immersive

L'affiche de l'événement
L'affiche de l'événement

 

 

Ce n’est pas ma première immersive. J’en avais déjà parlé dans un précédent article, alors inutile de revenir sur le « pourquoi du comment » (cf. octobre 2023).

 

Pour les novices, rappelons simplement qu’une immersive est une sortie sans public, où organisateurs et participants s’efforcent de recréer au plus près les conditions matérielles de l’époque.

 

 

Cette fois-ci, le décor était idéal… mais c’est surtout la météo qui a donné toute sa force à l’expérience. Novembre nous a réservé ses jours les plus froids, transformant chaque geste en défi et chaque instant en immersion totale.

Une orga bien rodée

N’étant pas à mon coup d’essai avec les sorties du CIB, c’est en toute confiance que je me suis inscrit à celle-ci. Dress code et composition des groupes reçus en amont : je pouvais y aller serein…

Photos : Dress code fourni en amont. Droits réservés CIB.

un cadre idéal

Sur place, à Fraize, dans les Vosges, nous abandonnons nos véhicules modernes sur un parking pour rejoindre la ferme «dans son jus», où nous passerons les quatre prochaines nuits. Dès notre arrivée, l’ambiance est posée. La météo pluvieuse des jours précédents a laissé derrière elle une bonne dose de gadoue, qu’une jeep, un Stuart et une cinquantaine de participants ne feront qu’aggraver avec leurs incessants allers-retours. C’est l’occasion idéale de tester le graissage de ses brodequins… Ils n’y résistent pas longtemps : Boue 1, Gaston 0. 

La chambre à coucher avant son passage en mode 1944 (retrait des éléments modernes)
La chambre à coucher avant son passage en mode 1944 (retrait des éléments modernes)
Le matelas King Size
Le matelas King Size

 

L’humour est dans le pré :

On dort dans le foin, au-dessus des vaches. Tu montes l’échelle, tu traces ton chemin dans la pénombre entre les gars qui dorment, et voilà, dodo ! Pour le pipi de minuit, tu oublies ! D’abord, il fait trop froid et tu ne le trouveras pas (oui, tu as bien compris). Ensuite, il faudrait sortir de ton sac de couchage, enfiler tes grolles, descendre l’échelle… Bref, tu as plus vite fait de changer de caleçon.

Peu importe le lieu ou l’époque, le point commun à toutes les sorties CIB, c’est le KK Histo ! Pour les toilettes, tu prends ta pelle, ton PQ et en avant ! Sur le fond (du trou), pas de souci ; sur la forme, il fallait marcher 200 mètres pour atteindre la Drop Zone. Autant dire qu’il valait mieux s’y prendre de jour… et à temps !

Quand il te reste encore 100m à faire...
Quand il te reste encore 100m à faire...

Le quartier rouge

Des poules à droite, des canards à gauche, des dindes perchées dans un coin de la basse-cour et des vaches dans l’étable. Bref, une joyeuse ménagerie qui évolue dans cette ferme, laquelle n’a finalement que peu changé depuis 1944.

 

Une petite chiffonnade ?

Au sol, mêlé à la boue, un chiffon rougeâtre. J’y prête à peine attention jusqu’à ce que, quart à la main avec les copains du squad, nous squattions à proximité. C’est à ce moment précis que Donald, le canard (forcément), choisit de tirer dessus avec son bec. Devant ma stupéfaction face à l’aspect élastique du chiffon, les copains me précisent qu’il s’agit en réalité du placenta de la vache qui avait vêlé la veille. Le paysan l’avait jeté aux volailles. Rien ne se perd… sauf mon appétit.

Le 2ème effet Kiss Cool.
Le 2ème effet Kiss Cool.

A l'eau?

Pour boire un coup, tu as ta gourde. Une bonne rasade d’eau à « température ambiante ». Quand il fait 5 degrés, c’est frais ; mais quand on atteint les –10 pendant la nuit, c’est carrément gelé… Résultat : tu dors avec ta gourde dans le sac de couchage.

Heureusement, les jerricans pour recharger sa gourde étaient stockés près des vaches. Du coup, on avait de l’eau chaude ! Enfin… plutôt de l’eau qui n’avait pas gelé (de justesse). Doux bruit que le glou-glou du jerrican qui se vide dans ta gourde, pendant qu’à un mètre de là, la vache balance ses 30 litres d’urine…

« No weapon, no helmet – no food ! »:

Côté cuisine, c’était nickel. Petit déjeuner et repas du soir fournis. Gamelle, quart, casque et fusil – impératif!

On a très bien mangé, encore plus lorsqu’on a eu droit à la dinde de Thanksgiving.

 

Après, c’était la galère pour trouver un endroit où poser sa gamelle. Fallait la garder en main ou la poser sur un « support » dans son jus de la ferme. Je plains le gars à cheval sur l’hygiène…

Quand y'a pas de cordon bleu au menu.
Quand y'a pas de cordon bleu au menu.

Des soirées chaudes entre hommes :

Le soir venu, avec la nuit qui tombe tôt, il était 19 heures mais on avait l’impression qu’il était déjà 23. Avec les températures très basses, le feu de camp était particulièrement apprécié. Endroit parfait pour la cohésion : on y refait le monde en faisant tourner les rondelles (de saucisson). Avant et après le repas, c’est THE place to be… En même temps, c’est ça ou taper la discute aux vaches.

Et puis, tu lèves la tête et le ciel étoilé s’offre à toi.

Soirée "chaude"!
Soirée "chaude"!

évolution sur le terrain

Au petit matin, debout à 6 h 30. Ce doux moment où l’on sort du sac de couchage… Les deux premiers jours, il suffisait de remettre ses brodequins humides. Le troisième jour, fallait carrément enfiler des brodequins gelés (cuir dur). Grande première pour moi : devoir « casser » les guêtres* et cette #*$¨de sangle qui passe sous le brodequin, raide comme un i, gelée comme les grolles.

La quatrième nuit, j’ai eu la bonne idée de tout foutre dans la paille sous mon couchage…

*au sein de la 36th engagée dans les Vosges, les plus anciens pouvaient encore avoir leurs guêtres.

Ivre, il met son soutif par dessus ses vêtements.
Ivre, il met son soutif par dessus ses vêtements.

Cours, Gaston, cours...

Après le petit déjeuner et un café chaud, salvateur, on partait pour la crapahute.

Coucou!
Coucou!

Scout toujours prêt !

« 2ème squad, rassemblement ! – c’est qui les scouts ? »

Dans une section, les scouts sont ceux qui ouvrent la voie. Ils font un bond en avant, observent, puis reviennent auprès du chef de section pour rendre compte…

Et c’est tombé sur qui ? Bah voilà : sur le Kévin et le Gaston. #noussachons! Ils ont dû bien se marrer à l’orga en définissant à l’avance les rôles (les listes de squad et les postes occupés nous avaient été fournies avant la sortie). Je les imagine bien autour de la table : « Eh, si on foutait l'Gaston et l'Kévin en scouts, ça va être marrant de les regarder courir, les gros ! »

La patience dans le regard
La patience dans le regard

 

Ben du coup, j’ai couru, encore et encore, tant et si bien que le Sergent m’a dit de ralentir…

 

 

Après, je dois avouer que dans ce contexte, certes immersif mais somme toute «léger», c’est intéressant d’être en tête de colonne. Les autres restent attentifs à tes mouvements… Et donnez du pouvoir à des petites gens… vous verrez ce qu’ils en font ! Gniark gniark gniark…

 

J’ai fait sursauter mon comparse scout plus d’une fois en feintant la présence de quelque chose dans les buissons. Heureusement que la patience fait partie de ses vertus.

Le souci dans les Vosges, c’est que, où que tu ailles, ça grimpe. Pour certains d’entre nous, la montée s’est vite transformée en tunnel avec une lumière au bout. Un véritable spot de pub pour le « Moi sans tabac » – si tu te sens visé en lisant ces lignes, sache que c’est purement gratos.

Le corbeau et le renard

A la queue leu leu, à la queue leu leu...
A la queue leu leu, à la queue leu leu...

Après un cheminement plus ou moins long et surtout plus ou moins vertical (putain de Vosges !), venait le moment de creuser son trou de renard, the famous foxhole! Par binôme, tu te lances dans le jardinage. C’est le moment de vérifier si tu as bien choisi ton compagnon de trou (non, ce n’est pas ce à quoi tu penses, vieux dégueu !). Ce dernier doit être robuste, endurant, et ne pas se rendre compte tout de suite que tu n’en branles pas une pendant qu’il creuse… ;-)

 

« Maître Connard, sur un arbre perché, laissa creuser le Renard. »

Jardinage entre potes
Jardinage entre potes
Il ne peut plus rien nous arriver d'affreux maintenant!
Il ne peut plus rien nous arriver d'affreux maintenant!

Une fois le fox creusé, ben on s’installe, on prend ses aises, on se tape une rasquette tranquille… enfin, autant qu’on peut l’être par –5 et en attendant les « autres ».

 

Doigts gelés, tu allumes ton Esbit de prise. Jamais une petite flamme ne t’a semblé aussi chaude et bienveillante, assis là au fond de ton fox. Pieds engourdis, cul glacé, la pensée pour les gars de 1944 n’en est que plus forte. Nous, on se galère alors qu’on ne passe que quatre jours dans ces conditions et qu’on rentrera dans tous les cas à la maison. Absolument rien à voir avec ce qu’ils ont vécu en 1944. Respect !

 

À 13 h, une jeep nous monte une soupe chaude. Manque de pot, nos quarts sont glacés. Faut manger vite ou ça finira en bloc de glace. Et qui c’est qui choisit ce moment pour attaquer ? Vla le Gaston qui court vers son fox en essayant de bouffer sa soupe… Au moins, elle n’a pas eu le temps de geler !

Ils arrivent/Sie kommen:

Tout au long de la manifestation, des tirs à blanc ont été effectués. En général, je ne suis pas grand fan de ce genre de choses, mais je dois avouer que, dans la forêt, cela donnait une autre dimension à l’événement. Bien entendu, les communes et les autorités avaient donné leur accord, et un artificier encadrait la manip.

 

Des scénarios alternant offensive et défensive ont permis à tous les participants d’appréhender au mieux la complexité des combats en forêt montagneuse.

Une histoire Kurt...
Une histoire Kurt...
Le dernier jour de reconstit: seuls ceux qui sachent, sacheront!
Le dernier jour de reconstit: seuls ceux qui sachent, sacheront!

Extinction des feux :

Autant dire qu’on rentrait le soir absolument fourbus à la ferme. Moment de détente, repas autour du feu et dodo vers 21/22 heures (enfin, pour une bonne partie d’entre nous).

 

Ambiance entre les participants très sympa. Pas de mauvaise humeur, et ce, malgré des conditions de « vie » difficiles. Pas de bobos majeurs à déplorer ; la seule perte du séjour, c’est Ginette, une des vaches qui a claqué de vieillesse (on n’y est absolument pour rien !) le deuxième jour de notre présence. Elle est restée dans l’étable jusqu’après notre départ… l’équarrissage ne passant pas avant.

 

 


Un travail de mémoire

Humour et mémoire : un équilibre délicat

Si vous avez déjà parcouru mes articles — ou si nous nous sommes croisés — vous savez que j’aime manier l’humour. J’espère que ce récit vous a arraché un sourire, car l’autodérision est mon arme favorite… et elle a l’avantage de ne blesser personne.

 

Mais attention : derrière les blagues se cache une réalité bien plus sérieuse. Le « devoir de mémoire » n’est pas une formule creuse. Endurer quelques jours dans des conditions difficiles nous a ramenés, avec force, à la pensée de ceux qui ont vécu 1944.

Cérémonie devant le monument aux morts de Fraize
Cérémonie devant le monument aux morts de Fraize

C’est donc avec un profond respect que nous avons constamment évoqué les combats survenus dans le secteur, tout en partageant des anecdotes plus ou moins joyeuses que l’orga — qui avait soigneusement préparé son dossier — nous racontait.

 

Pour clôturer la manifestation, nous avons défilé au cœur de la commune de Fraize avant de déposer une gerbe au monument aux morts. Ce furent des instants chargés d’émotion, partagés avec les habitants de la commune.


merci les gars!

Des moments de camaraderie inoubliables

 

Encore une fois, j’ai vécu des instants extraordinaires entouré de copains venus des quatre coins et de tous les horizons. Autour du feu, entre discussions d’Histoire et petites histoires, nous avons partagé la même galère… et c’est justement ce qui nous a soudés.

 

  • Un immense merci à l’équipe du CIB, dont l’organisation frôle la perfection.
  • Chapeau bas aux photographes Nico Fifi et Peter, qui ont su capturer l’essence de ces moments avec des clichés magnifiques.
  • Mention spéciale aux gars du squad 2, avec qui le courant est bien passé (et pas seulement près des clôtures à vaches !).
  • Je n’oublie pas l’ensemble des participants, toujours sérieux mais jamais avares de bonne humeur.
  • Et bien sûr, mes « copains FB » Kevin et Jean d’Alsace-Lorraine 30-40… On se reverra, encore et encore !
Demain c'est lundi...
Demain c'est lundi...

Gaston Ladalle

 

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Guillaume (dimanche, 14 décembre 2025 08:27)

    Salut Gaston,
    Bravo, c'est bien écrit. Ça claque.
    Je m'en rappellerai aussi de celle là.
    Au plaisir�

  • #2

    Gaston (mardi, 16 décembre 2025 13:34)

    Merci à toi Guillaume!