2 jours en 1940 - les soldats français passent en Suisse

Gaston chez les Helvètes
Gaston chez les Helvètes

Une fois de plus, le Gaston a chaussé ses brodequins cloutés le temps d'un week-end. Cette fois-ci, c'est du côté de la Suisse que je suis allé voir si l'herbe y était plus verte... Une gageure en cette année bien pluvieuse!

 

Sur l'invitation de l'association MOB Romande, l'association Alsace-Lorraine 1930-1940 a pu prendre part à une reconstitution au thème "original" dans le sens ou peu de groupe (certainement aucun d'ailleurs) n'a jamais dû le faire jusqu'ici.  

Effectivement, représenter les troupes françaises qui passent en Suisse pour y déposer les armes, n'est pas forcément le plus "vendeur" pour mettre en place une sortie immersive... Pourtant cet épisode fait bel et bien partie de notre Histoire.

Le contexte historique

Un événement peu évoqué

Tout comme elle le fit en 1870 en accueillant l'armée de Bourbaki, la Suisse ouvrit ses frontières en 1940 aux soldats français et polonais talonnés par l'armée allemande. Ainsi, dans la nuit du 19 au 20 juin 1940, ce ne sont pas moins de 28 000 soldats rattachés au 45e Corps d'Armée qui passent la frontière, sur la ligne Goumois-Chaufour. En une semaine, c'est 42 000 hommes qui vont entrer en territoire suisse, dont 12 000 soldats polonais. 

Rarement évoqué dans les discussions entre collectionneurs, reconstitueurs et autres "historiens amateurs" que nous sommes, c'est un sujet que j'ai en quelque sorte pu découvrir, ou plutôt approfondir grâce à cet événement.

"C'était vraiment une débâcle"

Dans mes recherches, je suis tombé sur cet article qui donne un bon aperçu de l'état dans lequel sont arrivés les hommes en Suisse. J'en reprends de grands extraits ici:

Article du journal suisse "Le Temps" - année 2000. 

 

Marthe Brischoux, 87 ans, travaillait à l'époque à la poste. Native de Goumois-France, elle se souvient que « les soldats français entrant en Suisse espéraient retourner en France plus au sud, en zone encore libre ». Elle ne bronche pas lorsque ses compagnons de table, des Suisses, racontent qu'ils ont vu les militaires français désorganisés, résignés, épuisés et soulagés de fuir. 

 

« Puis sont arrivés les soldats. Le premier à passer à Soubey, où nous habitions, était un major français », précise André Thiévent, 75 ans. « Ensuite, il y a eu des hommes partout sur les chemins et d'interminables colonnes de véhicules. Les soldats étaient crevés, dormaient n'importe où. C'était vraiment une débâcle. Seuls les Polonais et les spahis avaient gardé un semblant d'ordre.»

« Il en arrivait de partout, reprend Christian Scherler, beaucoup n'ont pas attendu d'arriver au pont de Goumois pour franchir le Doubs à gué ou à la nage. On les a désarmés, hébergés et on leur a offert du thé.» 

 

Tous ont vu la population ouvrir ses bras pour offrir chaleur et ravitaillement:

 

 « Bien entendu qu'ensuite, le 20 juin, je suis allé voir le spectacle sur la place du Marché-Concours à Saignelégier: des dizaines de milliers d'hommes couchés. Il y avait aussi, à la croisée des routes menant à Goumois et aux Pommerats, un énorme amoncellement de fusils enstérés (empilés comme du bois en stères, n.d.l.r.) ».

Evocation des soldats polonais
Evocation des soldats polonais

 

Le journal du poste de douane de Goumois précise:

« Le 18 juin 1940, les Allemands ne sont plus qu'à une vingtaine de kilomètres de notre frontière. Une violente bataille est engagée entre les troupes françaises commandées par le général Daille, la division polonaise du général Prugar, et les troupes allemandes. (…) Après des efforts formidables et au prix de lourdes pertes, les spahis parviennent à dégager l'armée polonaise, laquelle combat avec acharnement jusqu'à proximité de notre frontière, pour finalement se réfugier chez nous. C'est une vague immense de réfugiés.»

Les 42 000 soldats sont concentrés à Saignelégier (1500 habitants à l'époque) durant quelques jours, avant d'être admis dans les 500 camps d'internement aménagés en Suisse, dont plus de vingt dans le Jura. Après quelques mois, les Français ont pu rentrer chez eux; les Polonais ont dû attendre 1945. « Plus braves que les autres », comme les décrivent les témoins, les soldats polonais de la 2e division de chasseurs à pied « ont marqué l'histoire de notre région », relève Maurice Jobin. « Si la débâcle a marqué l'histoire, elle a aussi modifié le paysage. Les Polonais internés ont travaillé dans les tourbières, effectué d'imposants travaux de drainage, de défrichement de forêts ou de construction de routes.»

Lien vers une archive filmée de 1940, on y voit très bien les troupes ayant passée la frontière.

Lieux et dates correspondent

L'association MOB Romande
L'association MOB Romande

 

La reconstitution historique se déroule les 22 et 23 juin 2024, sur les hauteurs de la commune suisse de Vallorbe.

 

L'association MOB Romande y entretient un véritable chalet des gardes-frontières et la casemate attenante. Entre Toblerones (les ouvrages anti-char suisses) et vaches alpines, le cadre est à la fois magnifique et 100% Histo.

 

Passage en Suisse
Passage en Suisse

Un magnifique accueil des copains suisses, de grands moments de convivialité et un grand respect de l'Histoire, nous ont permis d'appréhender du bout des doigts ce qu'ont pu vivre les soldats de 1940. 

 

Un gros moment d'émotion que d'imaginer le soulagement des soldats français et polonais voyant les uniformes suisses.

 

Le programme du week-end? Tout simplement celui d'une troupe Métro. - boulot, dodo.

d'une pierre, deux coups

La MOB et Pierre - Les Capsules de l'Histoire
La MOB et Pierre - Les Capsules de l'Histoire

 

A l'occasion de cette sortie, Pierre, des capsules de l'Histoire, est venu nous filmer et prendre des milliers de photos. Outre les activités prévues par la MOB, nous avons donc fait des prises de vue pour la vidéo que Pierre va mettre en ligne.

 

De quoi rythmer la journée et travailler notre jeu d'acteur (enfin bon, je me sens plus Georges que Clooney). 

 

L'envers du décor
L'envers du décor

La vache et le ... réfugié.
La vache et le ... réfugié.
Faites l'humour, pas la guerre.
Faites l'humour, pas la guerre.

 

Un grand Merci aux copains de la MOB, super accueil, superbe ambiance!

 

Grand Merci à toi Pierre, pour ton travail, pour nous avoir "mis en scène" et pour toutes tes photos que tu nous as mis à disposition.

 

Et pour les gars d'AL 30-40, ben vous êtes restés fidèles à vous-mêmes... Merci les gars!

 

 

Gaston Ladalle

 

 

Consultez ici l'agenda des reconstitutions historiques.

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Commentaires: 1
  • #1

    Aurélien (mardi, 09 juillet 2024 17:09)

    Joli article. Notre association (HMMA) avait fait une reconstitution commémorative pour le retour de ces Spahis le 24 mai 1941 en 2021 à Veyrier.