Itinéraire d'un alsacien 1935/1945

Lorsque l'on est collectionneur ou reconstitueur (ou les deux), nous sommes amenés à "fouiller" les greniers, marchés aux puces et autres brocantes à la recherche d'objets militaires, civils ou tout simplement anciens. L'occasion de mettre à jour quelques trésors...

Hasard de grenier alsacien, j'ai pu mettre la main sur un important lot d'archives et d'objets datant de la période 1930/1945. Relatifs à la période sous les drapeaux d'un homme de la région, j'ai en plus pu recueillir des informations auprès de sa veuve avant qu'elle nous quitte.  

Après plusieurs années de stockage, j'ai décidé d'ouvrir les cartons afin de retracer l'itinéraire de cet alsacien au cours de la période 1935/1945. Itinéraire individuel qui a l'avantage de mettre en avant une histoire régionale pour le moins particulière.

PARCOURS D'UN ALSACIEN AU COURS DES ANNÉES 1930/1940

Carte d'identité:

René Wild

Naissance: 3 septembre 1913 à Mollkirch, Bas-Rhin

Fils d'Edouard Wild et de Stéphanie Friedrich

Décédé le 6 août 1982 à Strasbourg, Bas-Rhin

Certificat de réintégration dans la qualité de Français
Certificat de réintégration dans la qualité de Français

Comme tout alsacien né avant le retour de la région à la France en 1919, René doit avoir son certificat de réintégration. Document qui le suivra tout au long de sa vie.

Le livret militaire

Véritable "colonne vertébrale" dans la reconstitution d'un parcours militaire, le livret militaire établi lors de l'incorporation sous les drapeaux donne de précieux renseignements sur le parcours du soldat.

 

Son parcours militaire (d'après le contenu du livret):

Information: la durée du service militaire en 1934 est d'un an, elle passera à 2 en 1935.

 

15 octobre 1934: date de son engagement et de l'ouverture du livret militaire, à Sélestat.

21 octobre 1934: date de son arrivée au 134° Régiment d'Infanterie (9° compagnie, chambrée 37), caserne Duhesme à Mâcon.

17 septembre 1935: affecté au 23° Régiment d'Infanterie à Haguenau à compter (a/c) du 17.9.35 D.M.(Décision ou Décret Ministériel) 1048.6 BT/IO (bulletin officiel) du 21.8.35.

12 au 25 septembre 1937: accompli une période d'exercices au 23° RIF au camp d'Oberhoffen

3 septembre 1939 au 16 juin 1940: mobilisation au 56° Régiment d'Infanterie dans la 9° compagnie

16 juin 1940 au 27 août 1940: prisonnier à Melun (6 et 7)

Début août 1940: prisonnier à Drancy 

 

Libération définitive des obligations militaires: 15 octobre 1962 (à 49 ans)

 

Le livret militaire peut être compliqué à déchiffrer entre abréviations et écriture manuscrite à la plume... Ci-dessous, page après page, le contenu du livret de René.

Livret individuel

Classe 1933/2

Nom: Wild

Prénoms: René Edouard

Bureau de recrutement: Sélestat

W. René Edouard né le 3 septembre 1913 à Mollkirch, canton de Rosheim, Bas-Rhin

Résidant à Paris, rue Bernard Palissy n°14 (6e arr.)

Profession étudiant (commerce)

 

Fils de Wild Edouard et de Friederich Stéphanie

domiciliés à Odratzheim, Canton de Wasselonne

Bureau de recrutement et numéro au registre matricule: Sélestat 1785

Partie de la liste de recrutement cantonal: 1ère

Signalement: yeux bleus, cheveux blonds.

Taille 1m78. Cicatrice à l'annulaire gauche

Soldat appelé Service armé de la classe de mobilisation de 1933/2

A Sélestat le 15 octobre 1934

 

Incorporé au 134° RI le 21 octobre 1934

Affecté au 23°RI à Haguenau le 17 sept. 1935 

A accompli une période d'exercices au 23è RIF au camp d'Oberhoffen du 12.9.37 au 25.9.37.

Au camp d'Oberhoffen le 24.9.37. Le commandant de compagnie.

Tampon: maintenu service auxiliaire par la compagnie de réforme. Chalon-sur-Saône, bureau de recrutement de Mâcon 27 octobre 1938

3.9.1939 - 16.6.1940 - 56° RI - 9ème Cie (compagnie)

16.6.1940 - 27.8.1940 - prisonnier Melun (6 et 7), Drancy début août

 

Masque G.T. (grande taille)

 

Libération définitive du service militaire: 15.10.62

Instruction militaire suffisante pour que le militaire soit mobilisable le: PMS (préparation militaire supérieure)

Instruction générale

Certificat d'études primaires

I.C.S. & E.S.S.E.C. - BAC (??)

Langues étrangères: Allemand Anglais

 

Information:

- L'ESSEC est alors située rue d'Assas à Paris

- L'ICS devrait être l'IECS de Strasbourg

Accuité visuelle:

- Oeil droit: inférieur 1/10ème

- Oeil gauche: inférieur 1/10ème

 

Vaccination:

- contre la variole le 22 octobre 1934 (au 134°RI)

- TAB Chauffé: 9 nov. 1934 et 17 nov. 1934

- revaccination TAB ch.: 9 avril 1940

Visa de la gendarmerie constatant

les changements successifs

 

20 nov. 1935: 19 place de l’obélisque, Chalon-sur-Saône

30 décembre 1936: 20 rue Docteur Mauchamp, Chalon-sur-Saône

27 octobre 1937: 20 rue Docteur Mauchamp, Chalon-sur-Saône

Visa de la gendarmerie constatant

les changements successifs

 

6 avril 1939: 2 rue de Sarreguemines, Strasbourg

25 juillet 1939: 44 route de la Wantzenau, Robertsau

La frise chronologique

En me basant sur le contenu du livret et aux moyens d'autres documents disponibles, je mets bout à bout les éléments dans le sens chronologique. 

LE SERVICE MILITAIRE (1934/1937)

le 134 RI de Mâcon

Incorporé au 134° RI le 21 octobre 1934, cette photo doit être l'une des premières prises à la caserne. Absence de feuilles aux arbres, elle doit dater de novembre/décembre 1934. René n'a pas encore son grade de caporal.

Ci-dessous, cette photo doit dater de l'automne/hiver 1934 étant donné que certains hommes portent des gants et pulls sous le bougeron.  René est le 3ème en partant de la droite à l'arrière. C'est le seul a porter un bourgeron bleu.  Sur sa tête, un bonnet de police "fantaisie", en drap bleu clair. Les fusils sont des fusils Berthier 1907/15 de calibre 8mm Lebel.

5 janvier 1935 au 134 RI de Mâcon
5 janvier 1935 au 134 RI de Mâcon

Sur cette photo datée du 5 janvier 1935, il y'a de la neige dans la caserne... On en profite. 

Les tenues Bougeron pour troupes métropolitaines sont portées par-dessus les vareuses et culottes.

20 janvier 1935
20 janvier 1935

Sur cette photo datée du dimanche 20 janvier 1935, la neige à fondu.

 

René porte la capote pour troupes à pieds du modèle 1920 en drap bleu clair. Des boutons sont visibles sur les rabats des poches de la capote, cela ne devrait pas être le cas. Peut-être une initiative personnelle?

 

Les pattes de col sont celles du 134° Régiment d'Infanterie. Il semble qu'il porte en dessous de la capote, une vareuse du type 1915 avec des pattes de col du 134 RI.

Ceinturon modèle 1903/14 en cuir, bandes molletières bleu clair. 

Dans sa main droite, son képi du modèle 1930 pour caporaux en bleu horizon, orné des chiffres du 134° RI.

 

A ses pieds, normalement des brodequins modèles 1917. Ici sont visibles des crochets pour le laçage, et non des œillets... Il doit s'agir de brodequins modèle 1919 pour officiers, SOR (Sous Officiers Rengagés) ou SOC (Sous Officiers de Carrière), puisque René fait partie d'un peloton d'Elèves Sous-Officiers de Réserve (ESOR). Information glanée via une photo présentée plus loin.

En tenue de corvée
En tenue de corvée

Sur cette photo qui doit dater du printemps 1935, René se tient debout au centre. Il n'a toujours pas son grade de caporal. Peut-être s'agit-il de la dernière photo avec sa chambrée avant de prendre son grade et rejoindre une autre section?

Mars 1935
Mars 1935

Mars 1935 dans la chambrée. René est au centre et porte une vareuse modèle 1915, celle dont on devinait le col sur la photo du 20 janvier 1935, plus haut.

9 juin 1935
9 juin 1935

En ce dimanche 9 juin 1935, René arbore ses gallons de caporal.

 

Il est équipé d'un casque Adrian modèle 1916, de bretelles de suspension modèle 1892/1914 avec crochets du modèle 1845, de cartouchières en cuir du modèle 1916, dont une est à rivets. La baïonnette Rosalie visible sur sa cuisse gauche, est passée sur le ceinturon cuir modèle 1903/14. 

Son uniforme se compose d'une vareuse bleue clair du modèle 1920, d'un pantalon-culotte bleu clair des troupes à pieds modèle 1922. Bandes molletières bleue clair et brodequins en cuir, certainement les mêmes que plus haut, les modèle 1919.

Ci-dessous, bien que floue cette photo datée du dimanche 16 juin 1935 nous permet de distinguer quelques informations sur la marmite. Il est noté: 134 RI - 9° Cie - CHée (chambrée) 37

René qui se trouve debout à droite, porte un bonnet de police modèle 1918 sur lequel sont cousus les grades de caporal ainsi qu'un macaron portant le numéro du régiment.

Les photos suivantes sont datées du jeudi 20 juin 1935. Prises sur le terrain de manœuvre, il s'agit de la section de René. Toujours en uniforme bleu horizon, ils sont armés de fusils Berthier 1907/15 M16. René porte le même bonnet de police que sur la photo en chambrée.

Certainement la dernière photo de groupe prise au 134° RI de Mâcon (en été au vu de la végétation). René est au centre de la photo, sur la 2ème ligne derrière le capitaine Liliguat, numéro 6. Il a son grade de Caporal.

Sur cette photo non datée (mais qui doit être de l'été 1935), René salut un autre caporal du 134 RI qui semble l'avoir accueilli chez lui à domicile. 

Peut-être est-ce le départ de Mâcon, le moment de saluer ses copains de régiment?

Cette photo non datée donnée par un ami de René nous renseigne sur le fait qu'il faisait parti d'un peloton d'Elèves Sous-Officiers de Réserve. Au dos est noté: RICM Souvenir d'une prise d'ames à Marignane. Ton ancien copain du peloton des E.S.O.R. au 134.

Ce copain est au RICM, soit Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc. A ce titre les hommes sur la photo portent un paletot kaki modèle 1921/35.

Passage au 23° RI

1935:

D'après son livret militaire, René est affecté au 23°RI à Haguenau le 17 sept. 1935. Il a certainement dû y rester jusqu'au 15 octobre 1935, date anniversaire de son incorporation du 15 octobre 1934.

 

Le 23° RI est devenu depuis le mois d'août 1935 un Régiment d'Infanterie de Forteresse, sous le nom de régiment de la Lauter. Les bataillons stationnent alors aux camps de Drachenbronn et d’Oberhoffen.

 

A cette occasion René a certainement passé quelques nuits dans un ouvrage de la Ligne Maginot, peut-être l'ouvrage du Hochwald ou une des casemates du secteur. Cela corrobore le témoignage de Marie-Rose qui disait qu'"il s'est fait mordre l'oreille par un rat dans la Ligne Maginot".

Certificat de bonne conduite daté du 4 octobre 1935 établi au 23° Régiment d'Infanterie de Haguenau. 

Ce document clos sa période de service sous les drapeaux d'un an (engagé en 1934, il n'est pas concerné par le passage à 2 ans instauré en 1935).

A noter que le matricule de René est ici le 5499. Erreur de celui qui a rempli le document...

1937:

Ci-contre un certificat de position militaire fait à Sélestat le 14 août 1937. 

 

D'après son livret militaire, il effectue encore une période d'exercice au 23è RIF au camp d'Oberhoffen du dimanche 12 septembre au samedi 25 septembre 1937.

1939-1940 : la campagne de France au 56° RI

Extrait du livret militaire:

3 septembre 1939 au 16 juin 1940: mobilisation au 56° Régiment d'Infanterie dans la 9° compagnie

16 juin 1940 au 27 août 1940: prisonnier à Melun

Début août 1940: prisonnier à Drancy 

 

Voila les 2 seules photos de René dans la période de guerre. Prises à Brumath à l'hiver 1939/1940. Il porte une capote modèle 1920 en drap kaki (pas de volet de dissimulation pour les pattes de col du 56 RI, un seul rouleau d'épaule à l'épaule droite), un bonnet de police kaki modèle 1918 et un ceinturon modèle 1903/14 en cuir. Il doit a priori porter un pantalon golf modèle 1938, bandes molletières et brodequins modèle 1917. 

La campagne de France:

A la mobilisation générale le samedi 2 septembre 1939, René doit rejoindre le Centre Annexe d’Infanterie n°82 à Mâcon ou se reconstitue le 56° RI.

 

D'après son livret militaire il intègre la 9ème Compagnie du 56 RI: 3.9.1939 - 16.6.1940 - 56° RI - 9ème Cie.

Sur un document du 27 décembre 1941 est indiqué : 56° Régiment Infanterie CHR (Compagnie Hors Rang).

 

Voici le détails du parcours de René, basé sur l'historique du 56°RI

 

Samedi 9 septembre 1939: à partir de 16h30, le régiment quitte Mâcon. 

10 septembre: le régiment arrive en Alsace par la gare d'Urmatt (67280). 

14 septembre: cantonnement entre Dorlisheim (67120), Griesheim (67870), Altorf et Rosheim (67560).

Fin septembre: le régiment, par une marche de nuit de 32 kilomètres, gagne les gîtes d'étapes de Duntzenheim (67270) et de Gougenheim (67270) et, le même jour, embarqué en camions est transporté au camp de Bitche.

Après quelques jours, le 56ème quitte le camp de Bitche et gagne Philippsbourg (57230) où il stationne deux jours puis, par étape de nuit, rejoint la vallée de la Sauer et vient cantonner dans les villages de Gunstett (67360), Biblisheim, Durrenbach et de Morsbronn.

 

8 octobre 1939: la Cie H.R. est à Reichshoffen (67110). Travaux d'organisation d'une ligne d'arrêt et d'une ligne anti-chars, activité des unités pendant tout le séjour.

Fin octobre: le régiment est relevé par la 25ème demi-brigade de chasseurs et vient reprendre, approximativement, ses cantonnements autour de Gunstett.

 

17 novembre: le régiment remonte en secteur et relève le 89° RI. La Compagnie H.R. est à Lobsann (67250), avec le poste de secours régimentaire.

 

Nuit du 4 au 5 décembre: la division est relevée par la 70° DI. Le séjour dans ce secteur a été marqué par l'exécution d'important travaux défensifs en liaison avec le 22° RIF et l'artillerie. Le 56ème vient occuper, pour une période de repos, une zone de cantonnements au nord-ouest de Brumath (67170).  La Cie H.R. est à Bernolsheim (67170). Les permissions de détente sont intensifiées. La période de repos ira jusqu'au 15 février 1940.

Février 1940 à Diconne (71330)
Février 1940 à Diconne (71330)

 

 

 

Photo prise lors d'une permission début février 1940 à Diconne (Saône et Loire). René est accompagné de Marie-Rose, sa future femme. La photo est marquée au dos "février 1940". A ce moment là le 56RI était effectivement en repos et les hommes pouvaient partir en permission.

15 février 1940: la 16° DI reçoit l'ordre de remplacer la 23° DI dans le secteur Lauter-Rhin. Le mouvement commence avec le 1er bataillon.

17 février: le gros du régiment fait mouvement et rejoint ses emplacements. La Cie H.R. stationne en arrière, au camp d'Oberhoffen (67240).

 

Du 17 février au mois de mai: mouvement des différents bataillons sur le secteur et travaux de renforcement des défenses.

 

Mai 1940 à Montpont-en-Bresse (71470)
Mai 1940 à Montpont-en-Bresse (71470)

 

 

 

 

Cette photo datée au dos du 12 mai 1940 (dimanche de Pentecôte) a été prise à Montpont-en-Bresse, dont est originaire Marie-Rose. La permission devait être prévue de longue date, l'offensive allemande ayant commencé le 10 mai 1940. Certainement la dernière fois qu'ils se voyaient avant quelques mois.

14 mai 1940: l'ennemi prend l'offensive. La ville de Haguenau ainsi que la gare et le camp d'Oberhoffen sont bombardés par l'artillerie lourde allemande. La Cie HR évacue le camp d'Oberhoffen et se porte à Kaltenhouse où les tirs de l'artillerie allemande l'obligent à déguerpir et à gagner Marienthal.

24 mai 1940: ordre de départ. Par une marche de nuit, le régiment gagne une zone de stationnement préparatoire à un embarquement en chemin de fer, au nord-est de Brumath (67170).

27 mai 1940: au matin, le premier train comprenant l'état-major et la compagnie de pionniers divisionnaire quitte Brumath en direction de Saverne dans la direction d'Amiens. Les bataillons et la Cie HR formant quatre trains ont quitté Brumath aux heures fixées et par le même itinéraire - joignent leurs lieux de stationnement afin d'ensuite prendre le train. Le dernier convoi, transportant la Cie HR, a subi une attaque aérienne dans le voisinage de Mommenheim (67670). 

 

27 mai 1940:  à 20 heures, la gare de Maignelay (60420) est atteinte par les premiers convois. Il fait nuit on se met ensuite en route et, par Montdidier (80500), on arrive à Lignières (80590) à 2 heures, le 28 mai.

30 mai 1940: la Cie HR, qui s'est déplacée par ses propres moyens, se rend à Lawarde-Mauger (80250), où elle séjournera pendant les combats qui vont bientôt s'engager.

 

1er au 5 juin: la division tient un front d'une douzaine de kilomètres, entre la Selle, à l'ouest, et la Noye, à l'est. Le 3ème bataillon barre la route de Paris en tenant Dury avec les 9ème et 10ème Cies, deux sections de mitrailleuses et quatre pièces anti-chars.

 

5 juin: au soir, la Cie H.R. a quitté Lawarde-Mauger-l'Hortoy (80250) pour venir bivouaquer dans les bois d'Hardivillers.

5 et 6 juin: bataille de Rumigny (80680) - pour la CHR????

7 juin: la Cie. H.R. rejoint le régiment à Cormeilles (60120).

Du 8 au 9 juin à minuit: la Cie H.R. a été mise en route sur Villers-Saint-Sépulcre, qui est le point de destination du régiment.

9 juin: à 07h00, le régiment reçoit l'ordre de se diriger non plus sur Villers-Saint-Sépulcre mais sur Précy-sur-Oise (60460). La Cie H.R., qui a pu être alertée lorsqu'elle se rendait de Villers-Saint-Sépulcre à Précy-sur-Oise, reçoit l'ordre de rejoindre le régiment à Neuilly-en-Thelle (60530) pour y réapprovisionner les unités. 

10 juin: Le PC est à Mours, la Cie H.R. à Nointel (60840).

11 juin: la Cie H.R. est rejetée plus au sud. Par la forêt de Carnelle et Saint-Martin-du-Tertre, elle est venue s'installer au nord de Villaines-sous-Bois (95570).

12 juin: la Cie H.R. s'est repliée sur Drancy (93700) par la Croix-Verte, Moiselles, Stains, La Courneuve, Les Quatre-Routes.

13 juin: la Cie. H.R. arrive à 07h00 à Drancy. Elle est fractionnée en deux tronçons : un convoi automobile groupant les trains du régiment et ceux du 89° RI, sous le commandement du capitaine POIRIET, et un convoi hippomobile des deux régiments, commandé par un officier du 89ème.

14 juin: la Cie H.R. a quitté Drancy en contournant Paris par Gros-Bois au sud de Boissy-Saint-Léger et Fleury-Mérogis. Elle arrive le 14 juin et peut ravitailler le régiment à Morsang-sur-Orge (91390), ce sera la dernière fois.

15 juin: Le 56ème se repli sur Fontenay-le-Vicomte puis Buno-Bonnevaux (91720). Dans la nuit, le 56ème poursuit sa route et arrive à Champmotteux (91150) où il lui est prescrit de stopper et d'organiser défensivement le village pour protéger le repli de la division.

 

16 juincapture de René.  La version officielle dans ses papiers indique - Capture: 16 juin 1940 à 14 heures près d'Orléans - d'après sa veuve, "René a été fait prisonnier sur la Loire".  Cela semble cohérent avec l'itinéraire de la compagnie H.R. qui passe la Loire le 17 juin.

 

Les restes du 56° RI arrivent à Nangeville, ils tombent le 16 juin, au soir.

17 juin: le convoi automobile de la Cie H.R., évitant Malesherbes (45330) et Pithiviers (45300), réussit à passer la Loire sous le bombardement aérien et retrouve le 18 juin à Nançay (18330) la section de ravitaillement commandée par le lieutenant ELIZON, qui n'avait pu rejoindre le régiment.

Fin de la campagne pour René

Extrait de son document de démobilisation:

Camps: Melun du 20 juin au 31 juillet 1940. Drancy du 1er août au 26 août 1940.

Camp dans lequel l’Intéressé était interné au moment de sa libération: Colmar (1 jour)

Ci-contre, détails des premières pages des livres qu'il a lu lors de sa captivité au camp de Melun entre juin et août 1940.

Ci-dessous le "Entlassungsschein", ou bulletin de libération, délivré par l'armée allemande le 27 août 1940. En tant qu'alsacien né avant 1918, donc sur territoire allemand, René est libéré en faisant la "promesse" de regagner l'Alsace et d'y rester. Au dos apparaît le tampon des "chemins de fer d'Alsace et de Lorraine" daté du même jour, 27 août 1940, à Colmar. De Drancy, il est apparemment directement rentré en Alsace.

Il reçoit une indemnité de libération de 1000 Francs, payée à Wasselone le 30 septembre 1940. 

Le 15 octobre 1940, il se trouve cependant à Lyon, ou il perçoit une carte d'alimentation.

Les souvenirs de la période sous les drapeaux

Ci-contre, les "souvenirs" de la période sous les drapeaux de René. Son livret militaire, une photo grand format de son service militaire au 134 RI, sa gamelle 1935 (du fabriquant Lantz-Paris en 1936, il a du la percevoir à la mobilisation de 1939), son ceinturon en cuir modèle 1903/14 avec boucle cuivre, des pinces à linge dont chacune est marquée de ses initiales (peut-être de sa période étudiante...) et 3 livres qu'il a lu lors de sa captivité au camp de Melun.

Ci-dessous une carte envoyée le 25 novembre 1940 par la croix-rouge française aux parents de René:

Le Service des Relations avec l'Agence Centrale de Genève (Croix-Rouge Française) a l'honneur de vous informer que d'après des renseignements de source non officielle, René du 56° RI a été fait prisonnier et sa présence a été signalée vers le 7.8.1940 au quartier Pujol de Melun. 

Ces renseignements ne font d'ailleurs que confirmer sans doute ceux que vous avez pu déjà recevoir directement; ils seront complétés ultérieurement par toute information susceptible de nous parvenir.

Carte purement administrative car au 25 novembre 1940 René avait déjà gagné la zone libre.

La guerre continue

1940

Carte d'avant novembre 1942 indiquant la zone libre au Sud et la zone occupée au Nord
Carte d'avant novembre 1942 indiquant la zone libre au Sud et la zone occupée au Nord
Chalon-sur-Saône constitue un point de passage vers la zone libre
Chalon-sur-Saône constitue un point de passage vers la zone libre

René quitte l’Alsace pour passer en zone libre (apparemment le 9 novembre 1940 d'après le document de démobilisation de 1941, cependant à la date du 15 octobre il se trouvait apparemment à Lyon). Il arrive à Chalon-sur-Saône, la Saône étant la ligne de démarcation, ou il retrouve des copains de régiment. Ces derniers lui fournissent une fausse carte d’identité ainsi qu’une bicyclette et une canne à pêche. Les habitants de Chalon étaient autorisés à traverser la Saône pour aller pêcher.

Sa fausse carte d’identité le présentant sans lunettes, René roule à vélo sans ses lunettes. Très myope, il rentre dans la sentinelle allemande qui contrôle les papiers. Ce soldat allemand le traite de Schwein (cochon) mais René, qui comprend parfaitement l'allemand, fait mine de ne rien comprendre puisque selon sa fausse carte d'identité il était de Chalon-sur-Saône et non pas alsacien. En passant la ligne et laissant derrière lui cette sentinelle, il a pensé « cause toujours, je passe »…

Anecdote issue d'un entretien avec Marie-Rose

La ligne de démarcation à Chalon, lieu de passage de René
La ligne de démarcation à Chalon, lieu de passage de René

Il n'y avait qu'un seul point de passage à Chalon, René a donc dû passer via la commune de Saint-Marcel/Les Chavannes sur le pont des Chavannes.

 

Source photo: open Musée Niépce

Mariage le 14 novembre 1940:

Marie-Rose et René se marient à 15h30 à la mairie de Montpont-en-Bresse le jeudi 14 novembre 1940, devant le maire Jean-Pierre Bourgeois. 

A 16 heures a lieu la cérémonie à l'église. René est seul, sa famille est bloquée en Alsace. L’église est cependant pleine, toute la famille de Marie-Rose et les habitants du village sont venus pour soutenir "l’alsacien".

1941

En 1941, René repasse par un centre de démobilisation pour signaler sa présence en zone libre et clarifier sa situation militaire.

Centre de démobilisation de Lyon-Vitriolerie, situé au fort de la Vitrolerie. Le 22 janvier 1941.

Arme: Infanterie

Grade: Caporal-Chef

Profession avant les hostilités: employé de bureau

Adresse avant les hostilités: 144 rue de la Wantzenau, Strasbourg

Adresse ou se retire l’intéressé: 185 rue Bataille, Lyon

 

A perçu la totalité de la prime de démobilisation le 30 septembre 1940 à Wasselonne, Bas-Rhin.

 

Tampon; à habiller "tenue zone libre"

 

Libéré par les allemands le 27 août 1940 et parti pour la zone libre le 9 novembre 1940. Carte d'identité, feuille de démobilisation allemande. 

 

A perçu l'avance 10 jours pieh (???) et H.P.S. le 22.1.41

Dos du document du centre de démobilisation:

 

Gendarmerie de Lons-le-Saunier: vu le 17.1.1941

 

Groupement de la Vitriolerie - Lyon. Travailleurs français. A perçu xxxx de sa solde xxxx indemnités, après déclaration sur l'honneur le 22 janvier 1941. 

A perçu xxxx  Zone libre le 22-1-41

 

Vu pour liquidation des droits à l'indemnité forfaitaire tenant lieu de pécule individuel dont le montant a été arrêté à la somme de six cent trente francs. A Lons-le -Saunier le 22 juillet 1943.

 

Payé la somme de six cent trente francs à titre indemnités forfaitaire tenant lieu de pécule. Lons-le-Saunier 30 juillet 1943.

Document du centre de triage du camp de Sathonay (Lyon), le 27 décembre 1941

Déclaration à souscrire par tout militaire libéré. Le 27 août 1940 par les allemands. Le 22.1.41 Lyon Vitriolerie.

 

Classe de 1933, réserviste rappelé sous les drapeaux. Recrutement Sélestat. Mobilisation Mâcon. Profession employé. 

Corps de troupe auquel l’intéressé appartenait au moment de sa capture: 56° Régiment Infanterie CHR (Compagnie Hors Rang).

 

Capture: 16 juin 1940 à 14 heures près d'Orléans

Camps: Melun du 20 juin au 31 juillet 1940. Drancy du 1er août au 26 août 1940.

Camp dans lequel l’Intéressé était interné au moment de sa libération: Colmar (1 jour)

Situation de famille: marié

Mes changements d'adresse étant assez fréquents, veuillez noter de m'envoyer la réponse. 5 rue Pasteur, Lons-le-Saunier, Jura.

 

A Lons-le-Saunier le 27 décembre 1941

La vie civile sous l'occupation

Début 1941 René intègre l'office central de répartition des produits industriels (O.C.R.P.I.), section du bois et des produits divers.

Ci-dessous son livre de tarif de cubage, certainement fourni à sa prise de poste. 

La famille de René restée en Alsace lui fait parvenir par courrier des messages de Pâques et Noël. La manœuvre est très risquée puisqu'il est interdit d'utiliser la langue française en Alsace. On peut y voir Stéphanie Friederich (sa mère), Robert (le frère de René) et Edouard (son père). Ces photos ont été prise à Laubenheim.

Le vendredi 22 décembre 1944; René reçoit pour ordre de mission de gagner la zone Bar le Duc, Nancy, Strasbourg. 

Strasbourg étant libérée depuis le 23 novembre, la guerre est loin d'être finie en Alsace et la contre attaque allemande Nordwind est en préparation.

 

Il travaille dorénavant pour le gouvernement provisoire et se voit attribuer cette nouvelle zone.

 

Les parents de Marie-Rose ne voient pas cela d’un très bon œil : « tu vas la bas!, la guerre n’est pas finie » lui dit son père.

A Strasbourg, ils logent pendant un temps dans l’hôtel situé rue du 22 novembre, payé par "le ministère de la production industrielle".

Marie-Rose se souvient d’avoir vécu des tirs d’obus allemands depuis Kehl (les tirs viennent en réalité d'Oberkirch et cesseront vers le 12 avril 1945 avec la prise de Kehl et de sa région).

Pour René, ce retour en Alsace est l’occasion de revoir une dernière fois sa mère très malade qui décède en avril 1945. Depuis 1940 et son départ pour la zone libre, il n’avait plus vu sa famille.

Le 18 juillet 1945, René reçoit pour ordre de mission de se rendre en Allemagne pour y gérer et saisir des stocks de bois. Il se rendra plusieurs fois en Allemagne au cours de l'année 1945.

Photo prise au pont de Kehl le 9 septembre 1945. Le pont a été détruit au cours de la guerre, c'est en quelque sorte devenu une "attraction touristique".

Photo datée du 9 octobre 1945, prise sur la route nationale 4 au niveau d'Ittenheim. Les panneaux en bois sont neufs, ils remplacent ceux en allemand imposés à partir de 1940. La voiture est une Renault Celtaquatre qui doit appartenir au ministère.

Gaston Ladalle

Droits réservés

 

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